Chrysalides et incubateurs

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jeudi 8 septembre 2011

La désarmante lucidité du Renard

Je vous parlais plus tôt cet été des héros de papiers qui m'ont élevée, un peu.

A parler l'autre jour et explorer des territoires littéraires d'enfance communs avec un qui m'est cher, je me suis souvenue que je n'avais pas (re)parlé du Petit Prince, dans ce billet.

Pas faute de l'avoir fait tout au long de ces années, il m'accompagne depuis l'âge le plus tendre et il se passe rarement plus d'un trimestre sans que je replonge dedans. [1]

Sans doute, pour ça, entre autres, en dehors d'un terrain favorable, que finalement le héros de fiction auquel je ressemble le plus (dans l'idée que j'ai de moi, en tout cas), c'est le Renard.

Le Petit Prince est joli mais un peu volage, il passe son temps à quitter les gens. L'aviateur veut rentrer chez lui avant tout, même s'il goûte le plaisir de l'inattendu.

Le renard est là. Disponible à la rencontre. Ici et maintenant. Il livre d'entrée de jeu les clés de l'apprivoisement. Il ne se protège pas tellement, et quand le Petit Prince suggère qu'il pourrait en souffrir, il répond simplement "J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur des blés".

Je crois que sa simplicité à être lucide sur ses sentiments, à être d'accord pour les laisser s'épanouir, et à savoir, finalement, qu'on est jamais autant vivant que quand on créé des liens particuliers, quoi qu'il puisse nous arriver, est la chose qui se trouve être l'une des plus essentielles de ma vie.

Le plus dur, au fond, c'est de rencontrer ensuite ceux qui sont d'accord pour se laisser apprivoiser de même. Mais quand ça arrive et qu'on se laisse faire mutuellement, que cela peut-être beau.

Notes

[1] J'en profite pour signaler que l'histoire lue par Gérard Philipe, mythe de jeunesse pour nombre d'entre nous, a été rééditée en CD, pour ceux qui souhaiteraient faire perdurer de belles traditions familiales...

jeudi 21 juillet 2011

De l'éducation par des tiers fictifs

Non non, ce billet n'est pas consacré aux enfants adoptés, aux beaux-parents, ou autres considérations familiales.

J'ai eu l'occasion de dire il y a peu que j'avais parfois l'impression d'avoir été élevée par mes parents ET par quelques personnages de fiction...

Etrange, non ?

Il faut dire, parmi les bases de la solide éducation bourgeoise que mes parents m'ont transmise (et ils ont eu du mérite, croyez-moi), il y a ce goût des mots, de l'écrit, des histoires, de la langue, de la transmission.

Je ne me souviens plus du temps où je ne savais pas lire et j'ai vite picoré allègrement tout ce qui me tombait sous la main.

De ces lectures, quelques personnages m'ont raconté sur la vie des choses qui font partie intégrante de qui je suis aujourd'hui.

Quelques musiciens aussi, d'ailleurs.

Que dire si ce n'est que pour moi, la femme, la Femme, elle est quelque part entre Béatrice de "Beaucoup de bruit pur rien" (Willy S., donc, pour ceux qui ont suivi sur twitter) pour l'esprit et le caractère assez indigne et déluré, Clara Malaussène pour une forme de tendresse bienveillante permanente et un grondement intérieur presque inaudible à qui ne sait tendre l'oreille, et "freudiennement", si j'ose dire, Julie Corrençon qui dissèque tout, qui veut tout comprendre et qui aime comme un volcan en éruption (que serait ma vie sans Pennac ?).

Oui, rigolez, on est loin du compte.

Oui, rigolez, à construire son "monde idéal" sur des personnages de papier et des notes de musique, on ne peut pas s'épargner quelques chutes mémorables et désillusions notoires.

Oui, rigolez, à rêver tout haut il arrive qu'on trouve parfois la vie un chouïa "en dessous".

Pour autant, ces derniers temps, bien qu'ayant accompli scrupuleusement mes devoirs de mère et de salariée, petite vie de banlieusarde banale, et bien... et bien je me dis qu'il y a des moments qui valent bien les plus beaux textes, qui s'y entremêlent, même, parfois. Et sans trop savoir comment ni pourquoi, je me dis : chance, même mes petits soupirs, ces derniers temps, ils sont fondés sur une intense joie d'avoir vécu ces moments-là.

Demain je pars.

(C'est curieux parfois comme les vacances tombent bien mais mal, au passage).

Je ne sais pas si je vais trouver le temps de vous raconter un truc. Mais je vous livre les plus belles phrases d'au revoir, fût-ce pour quelques heures (d'ailleurs, c'est écrit dans l'idée de : à dans quelques heures) qui aient jamais été écrites.

Goodnight, goodnight !Parting is such sweet sorrow

That I shall say good night till it be morrow

(Traduit un peu à la hache par : Bonne nuit ! bonne nuit ! Le tourment de nos adieux est si doux que je te dirais : bonne nuit ! jusqu'à ce qu'il fasse jour)

William Shakespeare. Roméo & Juliette, de mémoire Acte II scène 2 (mais que les puristes me corrigent si ma mémoire me fait défaut, la flemme de vérifier).

mercredi 18 juillet 2007

LE VOYAGE EN DOUCE

Je lisais hier midi Libé de la veille que des bouchons, le bébé, le dîner, la fatigue m'avaient fait négliger.

En dernière page un portrait de Dominique Sanda me projette quelques années en arrière.

Je me souviens d'une VHS, un film enregistré par mes parents. "Le voyage en douce", un film de Deville.

C'était comme ça à la maison, rien n'était vraiment hors de portée des enfants puis adolescents. Je crois qu'ils nous faisaient confiance pour choisir nos livres, nos films en fonction des questions du moment, de nos évolutions. Mettons que la hauteur des étagères aurait pu être un critère d'accès à certaines choses, tout au plus.

Enfin je dis rien, peut-être qu'il y avait une cachette, justement, de ce qui aurait pu nous abîmer. Mais ils nous faisaient confiance pour piocher, reposer, interroger.

J'étais sans doute adolescente, une quinzaine d'années.

J'ai vu ce film, cette fugue provençale de quelques jours de deux femmes en quête d'elles-mêmes. Des Thelma et Louise qui seraient rentrées sagement auprès de leurs maris. Dominique Sanda, sa blonde candeur pas si innocente et Géraldine Chaplin rieuse et triste (on échappe pas à ses gènes...).

J'ai un souvenir de chaleur touffue de pays chaud, de désir éveillé, d'envie de siestes ombrageuses.

Un souvenir de langueur d'après-midi au soleil, où on fermerait les yeux et où l'on ne saurait plus si celui qui apparaît en écho à notre désir est rêve ou réalité.

Une sensation un peu coupable de regarder un film pas tout à fait sage.

Tout cela m'est revenu d'un coup en découvrant la dernière page de mon journal.

Je me demande si j'ai envie de revoir ce film ou pas, s'il doit rester dans sa cage aux transgressions adolescentes ?

Parce que ça colle bien à l'ambiance (merci CharlElie) :

mercredi 11 juillet 2007

DESIRS D'ECRIRE

Où la genèse du mot dans ma famille aussi loin qu'on m'ait raconté.

Les grands-parents de ma grand-mère maternelle se sont rencontrés à l'Ecole Normale et sont devenus instituteurs au fin fond de l'Auvergne. Ils n'ont pas eu une énorme descendance, alors à la place, pour occuper les longues soirées d'hiver, ils ont écrit un manuel scolaire qui a été présenté à l'Exposition Universelle de chais plus quand mais ça date. On est instituteur militant laïc et républicain ou on est pas, boudiou !

Mon arrière grand-père annotait en plusieurs langues tout ce qui lui tombait sous la main, la bibliothèque de la maison de mes parents est un témoignage encore fourni de cet amour des mots... et de leurs commentaires !

Ma grand-mère écrivait des bouquins sur l'origine des mots, des expressions. Elle avait un fort joli brin de plume, rigolo et enjoué, limpide et savant à la fois.

Mon papa n'écrit à ma connaissance rien d'autre que dans le registre professionnel, mais il le fait fort bien, et milite presque activement pour la défense du point-virgule.

Moi vous savez.

Cro-Mignonne fait ses premiers points de couleur soit sur une feuille, soit sur ce qui tombe sur la trajectoire de son crayon. Un peu tôt pour fonder de grands espoirs, mais elle aime déjà les livres (le goût, surtout). Notez, moi aussi, j'adorais mâcher du papier jusqu'à un âge nettement plus avancé que le sien.

Les mots, leur enchaînement, leur sonorité bien propre, les pouvoirs magiques qu'on leur attribue, le bien et le mal qu'ils nous font...

Et une histoire de famille qu'il est, quelle que soit la forme, doux et torture à la fois de perpétuer...

vendredi 30 mars 2007

HISTOIRES DE TOUTOUS (1)

Pour faire écho à ce billet de K...

Mes parents ont eu un chien avant d'avoir des enfants. Un terre-neuve. Il a été le compagnon de mon enfance. Quand il est mort on en a eu un deuxième, qui n'a pas vécu vieux, il avait une malformation de naissance... Et enfin un troisième, compagnon de nos jeux, l'un des plus gros de ces gros chiens que j'aie jamais vu.

Nous étions tous très attachés à cette race de chiens, patauds et gentils, vraiment des chouettes toutous. Ils n'ont qu'un seul petit défaut, ils sont très légèrement encombrants.

Surtout quand deux enfants décident qu'il est inhumain que leur pote le gros chien voyage dans le coffre, même avec le dossier des sièges arrière comme repose-tête, et que par conséquent le zinzin d'une centaine de kilos traverse régulièrement la France à leurs pieds. Qui n'a jamais fait mille borne avec les genoux englués de bave et profitant de l'haleine fétide du nounours ne peut pas deviner le quart de la moitié de ce que ça représente.

Mais on l'aimait fort, notre toutou, alors on était prêts à tout pour lui.

Et puis un jour il a approché de ses tous derniers jours, on l'a aidé tant qu'on l'a pu, mais la vie a une fin même pour les chiens qu'on aime de tout son coeur.

La période de "deuil" passée, nous avons tenu conseil de famille.

Il nous semblait évident à tous que la maison sans chien, ça n'était pas la maison. Mais, je ne sais plus qui, sans doute papa, se demandait si pour des raisons logistique, on ne serait pas avisés de taper dans le modèle "en dessous".

Tout en sachant que chez nous, en dessous de 40 kilos, ça n'est pas un chien, c'est une parure de cheminée.

Le consensus s'est fait assez vite sur un labrador. C'est sympa un labrador. Et puis ça prend moins de place, mais avec le même genre de caractère débonnaire et mignon (erreur fatale d'analyse).

Les amis qui en avaient ont tenté de nous dissuader, en nous parlant de bêtises, de fugues, de besoin de présence permanente, j'en passe.

Nous avons tenu bon, et le jour est venu où nous sommes allés choisir notre chien dans une portée.

Enfin un chiot nous a choisis. M'a choisie, pour être exacte.

Le temps qu'il puisse se passer de sa maman, nous sommes allés le chercher, et nous avons découvert la fabuleuse existence avec un labrador...

(A suivre)

jeudi 8 février 2007

PIANO, PIANISSIMO (4)

Mais voyez-vous, malgré tout, il y a une chose que je n'ai jamais perdue en route, entre déceptions et désappointements.

C'est l'amour de la musique.

L'écouter, l'accompagner à ma mesure (mais pas trop à contretemps), s'en servir comme repères dans ma vie.

Me noyer dedans, y plonger, parfois trop. Vibrer avec. Parfois détester celle produite "en masse pour la masse", qui ne ressemble pas à un cri du coeur.

Aimer en découvrir de nouvelles.

Rouler en musique, tous les jours. Rythmer mes journées par ces deux moments où je suis disponible pour elle, sans autres contrainte que celle de ne pas me faire emboutir sur la route !

Il y a un piano quart de queue qui m'attend, quelque part. Celui que ma grand-mère a eu pour ses vingt ans. Peut-être un jour, dans une maison. Peut-être moi, peut-être Cro-Mignonne, peut-être aucune des deux...

Mais la musique, toujours. Tous les jours.

jeudi 1 février 2007

PIANO, PIANISSIMO (3)

Après avoir démontré de très incertains talents pour le piano, je me cantonnais dès lors à chantonner dans mon coin. Pas si faux, pas si juste.

Et c'est à peu près à ce moment que j'ai rencontré O., qui est aujourd'hui l'une de mes plus anciennes amies.

Et O. a une fort jolie voix ! Et elle le fait savoir !

A l'époque, entre chaque cours (ou à la place de chaque cours séché), elle se posait dans un coin et se mettait à chanter (fort).

Limite, je me dis qu'en posant une gapette par terre on aurait pu auto financer nos clopes et nos coups à boire pendant toute la durée de nos passages universitaires...

Le truc c'est que...

Du coup j'en suis venue à chanter dans la baignoire. Ou toute seule dans la voiture.

Plus complexée du son que moi, y a pas, je vous le dis (ou peut-être mon frère, mais c'est une toute autre histoire) !

lundi 22 janvier 2007

PIANO, PIANISSIMO (2)

C'est ainsi que piano d'étude loué et un exemplaire du "Solfège des Solfèges" en main, j'ai pris le chemin des cours de piano, qui m'étaient dispensés par "l'autre" (c'est à dire celle que je n'avais pas en cours cette année là) prof de musique du collège que je fréquentais, par ailleurs collègue de maman.

Les débuts étaient des débuts, elle était sympathique et encourageante. Moi, motivée, je m'attaquais péniblement au déchiffrage de morceaux de peu d'intérêt, dont la répétition devait être un calvaire familial. Mais j'avançais doucement.

Mon objectif avoué à l'époque était de jouer un jour la fameuse "Lettre à Elise", ce qui me paraissait comme l'étape qui m'ouvrirait toutes les portes de la virtuosité.

Hélas pour les oreilles familiales, ce moment vint et le motif récurrent de ce morceau-cliché a résonné longtemps, très longtemps, dans la maison.

Au point d'arracher des spasmes nerveux à mon père et l'hilarité de mon grand-père, qui devait revivre par procuration et avec le confort de la distance quelques moments du folklore familial.

Heureusement pour tout le monde j'ai passé le cap !

J'avais changé de prof et j'étudiais alors dans l'école de musique de mon village, où j'étais l'élève la plus avancée. Tous les ans nous donnions un concert gratuit et c'est ainsi que j'ai vécu les prémices de la gloire, exécutant devant un public nombreux réuni pour l'occasion dans l'église le premier mouvement de la sonate au clair de lune. Quel succès mes amis ! Le public en liesse, debout !

J'étais devenue adolescente et je commençais à me dire que les partitions, c'était bien, mais que de savoir jouer à l'oreille, improviser, tout ça, ça correspondrait plus à mes envies artistiques intérieures.

Las, à la fois par manque de talent, de travail, et aussi la faute à un prof particulièrement déplaisant, je me suis vite rendu compte que si mon talent d'exécutante pouvait donner l'illusion à un public peu averti, les portes de la liberté musicale m'étaient tout de même assez fermées...

(A suivre)

mercredi 17 janvier 2007

PIANO, PIANISSIMO (1)

Je viens d'une famille où tout le monde fait de la musique.

Parce que ça fait partie du package "bonne éducation", mais aussi parce que tout le monde aime ça.

Ainsi maman chante, son frère jouait de la guitare, papa aussi, mon oncle paternel jouait du piano comme sa mère et ma tante a appris la flûte traversière. Et je vous passe l'énorme fou rire que me procure, à bien y penser, la sorte de prémonition phallique qui...

Mais je m'égare.

Quand j'ai été en âge de commencer la pratique d'un instrument, mes parents m'ont demandé ce que je voulais apprendre, en excluant d'office la batterie et la trompette, allez comprendre. Et aussi en espérant que je ne choisisse ni le violon, ni le cor anglais.

J'ai choisi le piano, tout de suite, je ne me souviens même pas pourquoi.

Alors nous sommes allés dans un magasin de pianos à St Germain en Laye, où la vendeuse, pour nous faire écouter leurs sons respectifs, nous a éblouis de la Grande Valse de Chopin sur quelques pianos dits d'étude.

Evidemment, quand il est arrivé à la maison et qu'il a été accordé, je me suis un peu demandé pourquoi ça ne faisait pas pareil quand j'ai enfin pu mettre mes petites mains dessus...

Et grande surprise, la prof de piano m'a expliqué qu'il allait falloir apprendre le solfège.

Je ne le savais pas encore, mais je venais de rencontrer un empêcheur de rêver en rond. Qui allait me pourrir immanquablement séances de travail et cours de piano.

(A suivre).

lundi 11 septembre 2006

(3) AU QUOTIDIEN DU PRESENT

Ce millésime 2005-2006 a été curieux, je trouve. Après des années à nous blottir dans le microscopique nid, nous nous sommes élancés vers un plus grand. Puis très vite nous avons mis en route le projet Cro-Mignonne.

C’est incroyable comme ces bonnes nouvelles ont pu apporter comme bouleversements pas toujours facile à vivre. Perte de repères quotidiens, redéfinition de nos rôles, repositionnements, parfois très douloureux et difficiles, vis-à-vis de nos familles. L’Amoureux a perdu quelqu’un qui lui était cher. Pas facile non plus de nous faire entendre nos angoisses respectives face à tous ces changements. Le boulot... ah le boulot...

Bref, ces « un peu plus d’un an » ont été parfois difficiles au quotidien et je mesure tout ce qui nous sépare dans la vie d’adulte responsable des rêves que l’on peut faire plus jeune dans la catégorie « vie de couple ».

Parfois ça demande une énergie folle de se souvenir qu’on s’aime. De se relever après chaque blessure et de tenter de l’oublier pour repartir d’un bon pied. Heureusement il y a tous ces jours où ça continue à aller de soi.

Je me sens à un tournant en ce moment. J’ai besoin de recoller des morceaux de moi que j’ai laissés loin derrière il y a des années. J’ai besoin de m’autoriser – maigre liberté dans tout ce que nos modes de vie ont d’impératif – à vivre selon mes battements de cœur, à échanger avec d’autres que nous, à ne pas me demander ce qui se fait ou pas, à me dégager de toute culpabilité.

Parfois L’Amoureux s’agace. « Je ne te suffit plus ». Mais si, bien sûr. Mais je ne veux pas t’imposer de partager avec moi des occupations qui t’ennuient et je ne veux plus m’en priver, faute d’étouffer complètement. Et je ne veux plus me priver d’amis, non plus, après avoir perdu, la faute au temps, aux kilomètres, aux routes qui s’éloignent, ceux d’ « avant ».

L’Amoureux parfois me reproche mes engouements, qu’il juge excessifs. Je me demande alors comment il est possible que je ne lui aie pas montré ce bout de moi qui est là depuis toujours. S’il ne l’a pas vu ou si j’avais enfoui ce morceau tellement profond. Je n’en sais rien.

Je me rends compte que de douleur d’être rejetée, j’ai construit tout un tas de choses qui m’ont peut-être sauvé la mise hier mais qui m’enferment aujourd’hui.

Oui je suis un pitre, mais je ne suis pas qu’un clown. Oui je suis maladroite, mais si vous saviez la fille gracieuse qui se cache tout au fond. Oui je dis des gros mots et je me conduis parfois en garçon manqué, mais si vous saviez que c’est parce que j’ai encore mal de ne pas être celle que celui que j’aimais aimait.

L’amour de L’Amoureux m’a rendu de la confiance, qui m’aide à sortir doucement de ce cocon de dépit. Aujourd’hui j’ai besoin de réunir les bouts de moi d’avant qui me plaisaient avec les bouts de moi d’aujourd’hui dont je suis fière.

Ca demande une énergie folle, parfois j’ai l’impression d’être dans un tourbillon et de perdre complètement le contrôle (alors, laisser faire jusqu’à réussir à respirer). Tout ça à conjuguer avec l’énergie folle que demande notre Toumaï pour grandir à nos côtés. Tout ça à ajouter avec l’énergie folle nécessaire pour aller au-delà des mots qui blessent. Non je ne crois pas être devenue insupportable. Oui peut-être je suis égoïste, mais non, ça n’est pas vrai qu’on ne peut pas compter sur moi. Et je ne sais toujours pas si c’étaient des mots de colère ou si vraiment tu m’aimes moins.

Mais quoi qu’il en soit je me bats, tous les jours même si ça ne se voit pas, pour ce bonheur qui a l’air simple et dont je me rends compte qu’il tient à si peu, à nos bonnes volontés, à notre désir de continuer à être heureux ensemble.

vendredi 8 septembre 2006

(2) QUE SONT-ILS DEVENUS ET TRANSITION

Pour les curieux qui se poseraient la question après ce billet, P. et moi avons repris contact il y a quelques années et avons décidé d'oublier notre dernière conversation.

L'Amoureux a fait connaissance avec sa femme lors d'un voyage en France, une accorte blonde très gentille (et je n'aime pas dire du mal des gens, pourtant). Elle a aussi la particularité étrange pour une scandinave de parler l'anglais avec un solide accent irlandais.

Je parle parfois avec P., sur MSN (et d'autres fois, quand je le vois je reste cachée "hors ligne"), la dernière fois le jour où vous avez lu ce premier épisode. On s'est dit que c'était bizarre de penser que nous nous connaissons depuis plus de dix ans. Que c'est inimaginable à quel point nos vies ont changé depuis. Qu'eux, au bout de 6 ans de mariage, n'ont pas de projet de bébé, juste le chien... (et je me marre d'imaginer son rire et ses sarcasmes anglais -il l'est, anglais - et il se fout de mes fautes en idiome shakespearien, certaines choses changent et d'autres pas).

Donc pour en revenir à nos moutons, cinq ans après m'être fait ravager, piétiner avec des chaussures à clous, piler le coeur en petits morceaux, j'ai rencontré "en vrai" L'Amoureux, avec qui j'échangeais des mails depuis quelques années. Quand, à l'époque, il s'étonnait que je résiste à le rencontrer, je pense tout simplement qu'en dehors de tous les prétextes invoqués, ça n'était pas le moment. Même si bien sûr, j'étais loin de me douter de ce qui allait se passer.

C'est vrai que j'étais une abonnée aux formats "grand ours" à l'époque (ah Moukmouk !!!) - peut-être pas aussi poilus, et les gens plus âgés que moi, en règle général. Alors ce petit jeunot taillé comme un cure-dent, je n'y pensais du tout, mais alors pas du tout comme à un amoureux potentiel.

Et pourtant c'est bien ce qu'il est devenu. Et peut-être parce qu'il ressemblait si peu à cette idée que je me faisais de l'Ours Charmant, ça s'est tout de suite bien passé. Cette espèce d'évidence qui fait que vous avancez, confiant, en vous étonnant de ne plus trop vous poser de question, vous voyez ?

Mes amis s'étaient envolés aux quatre coins de la France, voire du monde, nos premières années avec L'Amoureux, un peu beaucoup fusionnelles, ont fait en sorte que je ne souffre pas trop de leur absence relative.

Petit à petit et doucement, j'ai recommencé à trouver que l'humain avait des choses à offrir et j'ai posé là, sans me retourner pour la regretter, mon armure de cynisme désabusé.

(A suivre)

mercredi 6 septembre 2006

(1) PREAMBULE : P. OU LE MYTHE FONDATEUR

Si très souvent, petite fille et adolescente, j'ai été amoureuse, j'ai eu des coups de coeurs, c'est il y a une dizaine d'années que j'ai pu dire que j'aimais quelqu'un. Au sens, pas seulement pour la cristallisation, les palpitations, l'occupation de mon cerveau et ce que ça peut nous renvoyer de positif, ces jolis états.

P., je l'aimais au-delà de ça, profondément pour ce qu'il était et en dépit du fait que ça ne me faisait pas le moindre bien.

Il faut croire, et quand je vois la femme qu'il a épousée, je le crois volontiers, que je n'étais vraiment pas faite pour qu'une histoire d'amour amoureux et partagé naisse de notre rencontre, en tout cas c'est ce dont il était persuadé. Notamment (mais pas seulement) parce qu'il était aussi mon meilleur ami.

Je crois, le pire de tout, que mon tempérament romanesque s'accomodait de cette situation douloureuse.

Bref, P. a fini par partir à l'étranger et en un claquement de doigts, j'ai perdu l'homme que j'aimais et mon meilleur ami. Ca fait beaucoup.

J'ai fait trois fois le voyage, entrepris d'apprendre l'hermétique langue locale (j'en connais dix mots, quand même), fait quelques démarches auprès du consulat pour voir quelles pistes explorer pour partir là-bas. Il disait : "Si tu le fais, ça me fera plaisir, mais ne le fais pas pour moi".

La dernière fois que j'y suis allée, j'ai rencontré celle qui est aujourd'hui sa femme. J'étais tellement aterrée par son choix que j'ai dû passer le séjour avec la machoire posée sur les genoux. Je suis repartie, avec en cadeau le double des clés de son appart dans la poche de mon jean (moi non plus, je n'ai jamais compris).

Je ne suis pas revenue. Et quand il m'a annoncé qu'il se fiancait, je me suis fâchée, il s'est fâché, et on s'est perdus de vue pendant des années.

C'était aussi l'époque de la fin des études et des premiers boulots, je vivais en bande, avec des sortes de cercles concentriques (les amies du premier cercle, les bons potes, les copains, les connaissances, les copains des copains des copains...) et je crois que je suis devenue tellement folle de douleur que tout ça a volé en éclat.

De tout ce qui était mon monde, ne restait que mes amies O. et A. et la sensation de vivre dans une chanson énervée d'Alanis Morissette.

Pendant cinq ans, les cinq années qui m'ont séparée de la rencontre "en vrai" avec L'Amoureux, je me suis appliquée à piétiner tout ce qui pouvait ressembler à de l'amour. Seules mes amis pouvaient m'approcher un peu pour de vrai. Et encore. Ou encore, je (me) faisais croire que je tombais amoureuses de types impossibles, avec qui vraiment, ça ne pouvait pas marcher, couru d'avance. Sans doute histoire de pouvoir entretenir la colère et me dire qu'ils étaient tous pareils.

Je brodais sur le thème de l'amour malheureux, et quand il n'y en avait pas assez dans la réalité, je m'arrangeais pour provoquer de quoi en passer une nouvelle couche.

Et au bout de ces cinq années, j'avais mis un couvercle au dessus de mon volcan intérieur. J'avais une armure assez efficace pour ne laisser passer, en gros, que ce que j'avais décidé. Et je regardais le couvercle agité par les crachottis du volcan en me disant que plus jamais, vraiment plus jamais, je ne me mettrais en danger à cause de quelqu'un d'autre.

(A suivre)